Quand on cherche à placer des capitaux sur un marché émergent ou à sourcer un fournisseur hors Europe, la première difficulté est de savoir sur quelle liste se fier. Il n’existe aucune liste officielle de pays émergents reconnue par les organismes internationaux.
Le terme, né dans les années 1980 du vocabulaire financier, désignait à l’origine les marchés attractifs pour les investisseurs, par opposition aux pays en développement jugés trop risqués. Depuis, les acronymes se sont empilés (BRIC, BRICS, MINT, Next Eleven) sans qu’aucun ne fasse autorité.
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Pourquoi la liste des pays émergents change selon la source
Un gestionnaire d’actifs ne classe pas les pays émergents comme un géographe ou un économiste du développement. L’indice MSCI Emerging Markets, utilisé par la plupart des fonds, repose sur la capitalisation boursière, la liquidité et l’accessibilité du marché aux investisseurs étrangers. Le FMI, lui, distingue les pays selon le revenu par habitant, la diversification des exportations et le degré d’intégration au système financier mondial.
Résultat concret : la Corée du Sud figure encore dans l’indice MSCI Emerging Markets alors que le FMI la classe parmi les économies avancées. La Pologne, membre de l’Union européenne, apparaît tantôt dans une catégorie, tantôt dans l’autre. L’Éthiopie, classée parmi les pays les moins avancés, est parfois qualifiée d’émergente grâce à sa croissance rapide.
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Pour qui prend des décisions opérationnelles, le critère de classement compte autant que le classement lui-même. Un pays peut « émerger » sur le plan boursier tout en restant fragile sur le plan institutionnel, et inversement.

Pays émergents qui montent : l’Asie hors Chine en tête
L’Inde, le Vietnam, l’Indonésie et plusieurs économies de l’ASEAN concentrent aujourd’hui l’attention. Leur trajectoire ne repose pas uniquement sur une main-d’oeuvre bon marché. Certains émergents asiatiques consolident leur place dans l’économie de la connaissance, en diversifiant leur tissu productif et en montant en gamme industrielle.
On observe une différence nette entre ces pays et ceux qui restent cantonnés à l’exportation de matières premières ou à l’assemblage à faible valeur ajoutée. La montée en complexité de l’écosystème (brevets, R&D locale, chaînes de valeur intégrées) devient un marqueur plus fiable que la seule croissance du PIB pour anticiper qui va durablement progresser.
Ce qui distingue les émergents en progression
- Une diversification des exportations au-delà des ressources naturelles, avec une part croissante de produits manufacturés ou de services à forte valeur ajoutée
- Des réformes structurelles facilitant l’investissement étranger direct, notamment l’ouverture du compte de capital et la simplification réglementaire
- Un investissement mesurable dans l’innovation, visible à travers la densité de dépôts de brevets et la montée en gamme technologique
Marchés émergents en difficulté : coûts de financement et dépendance
Le tableau est moins favorable pour une partie des économies émergentes. Les Perspectives économiques de l’OCDE (volume 2026, n°1) signalent que les rendements des obligations souveraines ont augmenté dans la plupart des marchés émergents, à l’exception notable de la Chine. Cette hausse des coûts de financement fragilise les pays déjà endettés et réduit leur marge de manoeuvre budgétaire.
Les retours varient sur ce point selon les régions, mais la tendance générale est claire : un pays émergent qui emprunte plus cher qu’il y a trois ans, sans avoir accéléré sa croissance en parallèle, voit son profil se dégrader aux yeux des investisseurs.
Le cas particulier de la Chine
La Chine occupe une place à part dans toute liste de pays émergents. Ses coûts de financement souverain restent stables là où d’autres montent. Sa taille économique dépasse celle de la plupart des pays avancés sur certains indicateurs. Quand la Chine ralentit, les pays exportateurs de matières premières vers Pékin (Amérique latine, Afrique subsaharienne) en subissent directement les conséquences.
Le Brésil, l’Afrique du Sud et la Russie connaissent depuis plusieurs années une croissance inférieure à leur potentiel historique. Ce ralentissement structurel de l’activité dans les grands pays émergents ne touche pas uniquement la Chine.

Lire la liste des pays émergents avec les bons critères
Plutôt que de chercher une liste universelle, on gagne à croiser trois grilles de lecture selon l’usage qu’on en fait.
- Pour un investisseur : la liquidité du marché, l’ouverture du compte de capital et le spread souverain (écart de taux par rapport aux obligations américaines ou européennes)
- Pour un industriel qui cherche à relocaliser une production : la complexité de l’écosystème local, la qualité des infrastructures logistiques et la stabilité réglementaire
- Pour un analyste macro : la trajectoire du PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat, la diversification des exportations et la capacité d’innovation mesurée par des organismes internationaux
Le Koweït, par exemple, affiche un PIB par habitant proche de la moyenne de l’Union européenne, mais reste classé comme économie émergente en raison de sa faible diversification. Le Mexique et l’Argentine, souvent cités dans les listes classiques, présentent des trajectoires très différentes selon qu’on regarde le commerce extérieur ou la stabilité monétaire.
Un pays émergent qui monte combine croissance, diversification et capacité d’innovation. Celui qui décroche cumule endettement, dépendance aux matières premières et coûts de financement en hausse. Entre les deux, une majorité d’économies naviguent dans une zone intermédiaire où la classification dépend autant du critère choisi que de la réalité du terrain.

